Ina Georgeta Statescu |
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Née à Bucarest, Roumanie « Je vous parle de moi.
On vient dans ce monde avec le coeur plein d'amour. Aujourd'hui, quand j'y songe, je ne peux oublier les bêtises auxquelles je me livrais autrefois : quand ma mère achetait, pour elle, une jolie robe, je la découpais fébrilement afin d'habiller mes poupées, mon chien, mes chats. Dans les rideaux, dans les draps de la maison familiale, j'ai sculpté des robes pour ma soeur et pour moi. Quel étonnement quand ma mère ne manifestait pas d'enthousiasme devant mes créations ! J'hésite encore entre le regret pour le mal que j'ai commis et l'envie de conserver dans ma collection toutes les matières textiles qui m'entourent et que je désire. |
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J'ai toujours, en effleurant le moindre morceau de tissu, l'impression qu'il me parle.
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Ma rencontre avec le tissu est chargée d'intensité et de mystère, comme si la réincarnation existait en lui. Lors d'une de mes précédentes expositions, dans les salons de l'UNESCO, à Paris, quelle fut ma surprise devant le spectacle de ces visiteurs qui croyaient reconnaître dans mes compositions textiles une vision moderne de la broderie traditionnelle de leur pays : ils me croyaient venant d'Inde, de Turquie, du Japon, d'Iran, de Grèce.
Et pourtant, je croyais être seule ou presque à créer ces mélanges.
Et pourtant, je n'ai jamais fait qu'un seul voyage :
Celui qui m'amena de Bucarest à Paris.
La Roumanie, c'est mon magnifique pays d'origine où vivent toujours de grandes traditions de broderie : là-bas, les femmes savent aussi aimer, travailler, chanter, broder. Là, j'ai appris à rehausser les tissus. A Bucarest, j'avais poursuivi des études d'art textile spécialisées dans les techniques de la mode.
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La France, j'y vis et j'y travaille depuis plus de dix ans. Quand on dit, comme dans mon pays d'origine « Le premier amour, on ne l'oublie jamais ; le deuxième est toujours plus fort que le premier », c'est si vrai. Je suis heureuse ! J'ai ouvert « une nouvelle porte », vers un autre monde. L'inspiration est pour moi dans toute la nature, dans tous les arts, comme elle se trouve dans toute la beauté et la richesse de mes chers tissus. Elle est aussi pour moi sans limite et me donne la force nécessaire pour gravir les plus hauts sommets. Quel bonheur ! Quel privilège est le mien de pouvoir, pour la joie de l'âme et pour le plaisir des yeux, m'exprimer, peindre, sculpter, tisser, broder avec cette merveilleuse matière ! J'ai toujours éprouvé un grand plaisir à transformer et à rehausser l'ordinaire dans l'amour et le respect de la matière, pour atteindre à une beauté nouvelle. On croit alors inventer, mais dans cette pratique de l'art textile - la couture, la broderie, le tissage - il n'y a plus guère à inventer. ce serait donc une belle illusion. Et le nouveau peut jaillir de cette force d'oser, oser faire, oser voir, oser mélanger les techniques textiles traditionnelles et même oser accueillir les erreurs comme source de nouveauté. |
La recherche d'une maîtrise toujours plus grande des techniques et l'appel constant à l'inspiration m'ont conduite vers
ce qui m'est devenu plus facile.
Tout est maintenant comme un jeu d'enfant qui ouvre une porte sur le désir de l'inconnu, et une autre, et une autre encore ;
avec l'émerveillement de l'impatience, on découvre les joies du jamais inventé.
Tout devient possible, tout est permis: pourquoi n'avoir pas essayé avant ce moment ?
Et j'ai toujours en moi le sentiment que les jours sont trop courts pour l'accomplissement de tous mes projets, de tous mes
rêves.»
Ina Georgeta STATESCU
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